CHEF-GUIDE DU MONDE
LADY BADEN-POWELL
Celles qui on eu le privilège de lui donner la main, de
voir son sourire, ne l’oublieront jamais. Celles qui l’ont
entendu, dans son langage imagé, passer d’une langue
à l’autre ont retenu l’un ou l’autre
de ses messages. De même celles qui ont reçu un mot
de remerciement ou d’encouragement, écrit sur la
machine qui la suivait partout, auquel elle ajoutait un mot de
sa main, l’ont conservé précieusement.
Cette évocation est pour celles qui l’ont peu ou
pas connue.
Chef guide du monde: c’est un titre unique. Il ne sera plus
porté par d’autres. Elle ne l’a pas reçu
par alliance avec le chef scout du monde. Il lui à été
conféré à cause de ses qualités et
de ses mérites personnels, sans doute, mais plus encore
comme une mission: celle d’ ÊTRE ANIMATRICE AU SENS
PLEIN DU TERME - faire passer l’âme du guidisme chez
toutes les guides du monde. Ce titre ne comportait aucune autorité
juridique mais une grande autorité morale.
AVANT ÊTRE CHEF GUIDE DU MONDE,
AVANT ÊTRE GUIDE
B.P. avait le sens de l’observation. Cela devait être
très important dans sa vie.
En 1910, alors qu’il rentrait à la caserne, à
Londres, il remarqua une piste exceptionnelle: celle d’une
femme dont les traces, sur le sable, dénotaient un grand
équilibre et un goût de l’aventure en même
temps que la sérénité. Il leva les yeux vers
la dame qui le précédait puis oublia le tout et
rentra à la caserne.
En 1912, alors qu’il voyageait aux Antilles, sur le sable,
il releva la même piste que deux ans plus tôt. Il
aborda la dame -- une jeune fille! “Vous habitez Londres?”
“Non”. Déception. Crainte s’être
trompé, il persiste. “Êtes vous déjà
allée à Londres?” “Oui, il a deux ans.”
“N’aviez-vous pas un épagneul brun et blanc?”
“En effet!” (surprise évidente). “Ne
vous trouviez-vous pas un jour près des casernes de Knightsbridge?”
“Oui”.
De son côté Olave Soames écrivait à
sa famille qu’il n’y avait qu’une personne intéressante
sur le bateau. C’était le scout Baden-Powell. De
son côté, B.P. écrivait à sa mère:
“Je me demandais ce que je pouvais vous offrir pour votre
anniversaire, mais je sens que ce que j’ai trouvé
vous plaira -- une belle-fille.”
Il se marièrent à la fin de l’année.
Ils eurent trois enfants et vécurent heureux.
GUIDE
COMMISSAIRE EN CHEF
CHEF GUIDE
Lady Baden-Powell fit sa promesse guide en 1916. Elle avait 27
ans. Elle assuma plusieurs fonctions et devint commissaire en
chef des Guides d’Angleterre.
Elle seconde B.-P. dans le scoutisme et le guidisme. Ils étaient
destinés à cette collaboration. Ils étaient
nés tous les deux un 22 février, mais à 32
ans d’intervalle!
De 1913 à 1938, ils visitent 42
pays.
B.-P. meurt en 1941. Lady B.-P. ne se replie pas sur elle-même.
Elle continue son oeuvre et sa mission d’animatrice, celle
de chef guide du monde qui lui avait été confiée
en 1930.
De 1941 à 1970, elle visite 107 pays. Elle voyage par air,
par mer, par terre, en train, sur éléphant, en pousse-pousse,
en automobile (ce qu’elle aime le moins). Lors d’un
voyage qui l’amenait à travers le Québec,
elle avait baptisé la voiture de madame Philie, commissaire
de la Fédération: “Sauterelle”.
Ce n’était pas une sinécure d’organiser
ses voyages, de l’accompagner... ou de l’attendre.
Elle avait une chose en tête: ne pas décevoir les
enfants. Elle ne pouvait résister de parler aux guides
et aux jeannettes groupées sur son passage, pour la voir
et lui envoyer la main. Elle descendait sur le marchepied du train,
envoyait des baisers, des saluts. Le train arrivait avec deux
heures de retard!
Elle voyait les enfants, moins comme elles étaient, mais
comme le guidisme pouvait les transformer.
Un jour d’été qu’elle visitait les guides
de Trois-Rivières, la chaleur était si grande qu’il
avait fallu garder ouvertes les portes qui donnaient sur la rue.
Le local était dans un quartier défavorisé.
Les portes se sont bientôt remplies de mimois... barbouillés.
Nous aurions voulu les éloigner mais vivement Lady B.-P.
nous en a empêchées. Elle nous a dit: “That’s
raw material for Guiding!”
Elle avait une mémoire exceptionnelle. A une rencontre
guide à Fribourg, Suisse, ou elle ne pouvait s’attendre
à me voir -- il y avait trois ans que je l’avais
vue -- en me donnant la main, elle me dit: “Mais, c’est
Blondine!” (sic) Et elle m’embrasse sur les deux joues.
L’Association Mondiale des Guides et des Éclaireuses
fut fondée à son instigation: elle existe maintenant
dans 115 pays du monde, grâce à la collaboration
des adultes et des chefs qui on reçu le message de Lady
B.-P. Elle compte 8,000,000 de guides et d’éclaireuses.
Le Canada a reçu Lady B.-P. quinze fois. Elle est venue
au moins trois fois à Trois-Rivières.
En 1970, quand il ne lui fut plus possible de voyager à
l’étranger, elle a continué sa mission par
correspondance.
En 1973, - sentait-elle sa fin prochaine? -- elle enregistra pour
nous son dernier message.
Elle a survécu à cette défaillance et écrivit
encore quelquefois dans la revue Council Fire. En avril 1977,
elle découpa le gâteau préparé en son
honneur à Olave House, Londres.
Sur les documents qui rappellent sa mort on inscrit une pensé.
Je ne sais si elle est de Lady B.-P., mais elle lui convient bien.
“Dieu m’a donné le travail
jusqu’à la fin de ma vie.
Dieu m’a donné la vie jusqu’à ce que
mon travail soit accompli.
Maintenant, je passe à d’autres le flambeau.”
Extrait du Sois Prête
Guides catholiques du Canada
diocèse d’Ottawa |